Intervista al Rabbino Capo Gilles Bernheim – Le Monde 19.03.2011


Le Monde ha pubblicato sabato scorso, giusto alla vigilia delle lezioni cantonali in Francia, un’intervista al rabbino capo di Parigi, Gilles Bernheim, che in questa intervista mostra la sua preoccupazione per la crescente manipolazione da parte dei partiti della ‘religione’ come fattore di campagna elettorale, e difende il modello francese di laicité come spazio di coabitazione possibile per tutte le religioni.

« Il est souvent difficile d’être musulman en France dans ce climat malsain »

Gilles Bernheim, grand rabbin de France, juge inopportun le débat sur l’islam et la laïcité

Dimanche 20 – Lundi 21 mars 2011

Inquiet de voir les religions et la laïcité instrumentalisées, le grand rabbin de France, Gilles Bernheim, doute de l’opportunité du débat organisé par l’UMP sur la laïcité et l’islam. Il participera néanmoins à la convention organisée par le parti présidentiel sur ce sujet le 5 avril. Il se dit convaincu que « les juifs et les musulmans doivent pouvoir assumer et vivre leurs différences dans le respect de la loi républicaine ». Pour lui, « quand une société en est à chercher des boucs émissaires, c’est qu’elle est très malade ».

Dans le cadre du débat sur la laïcité et l’islam porté par l’UMP et soutenu par Nicolas Sarkozy, vous avez, comme l’ensemble des responsables religieux, rencontré le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé. Que lui avez-vous dit sur l’opportunité d’ouvrir un tel débat ?

Que je n’étais pas convaincu de son opportunité. C’est, à mon sens, une erreur de prétendre poser toutes les questions sous la forme du « débat ». Tout ne se prête pas à cet exercice qui, par définition, suppose un affrontement, fût-il policé.

Le risque est de figer les positions, d’organiser les antagonismes et, en l’occurrence – c’est là le plus grave –, de stigmatiser une partie de la population française. Comme la laïcité n’a pas de raison d’être sans les religions, je serai présent le 5 avril et je dirai que la laïcité n’est pas une doctrine, qu’elle est moins encore la religion de ceux qui n’ont pas de religion, mais qu’elle est un art de vivre ensemble. Je tiens à le dire à un moment où certains, en particulier au Front national, dévoient la laïcité dans le seul objectif de crisper et d’exclure.

La Conférence des responsables de cultes, dont vous êtes membre, a annoncé le 9 mars qu’elle organisera un colloque à l’automne sur la pratique des religions dans la société française. Est-ce un sujet problématique aujourd’hui ? Les nouvelles identités religieuses, parmi lesquelles l’islam, menacent-elles la laïcité ?

Il n’y a aucune contradiction entre laïcité et pratique d’une religion. La neutralité de l’espace public doit être organisée et imposée dans ce sens. Etre neutre, ce n’est ni laisser faire, ni exclure le religieux. Je ne suis pas naïf quand je parle de la laïcité comme art de vivre ensemble, en harmonie et en intelligence.

Les religions, comme la laïcité, sont parfois instrumentalisées avec un esprit de revendication et dans un objectif de confrontation. Je suis opposé à ces dérives. L’islam étant récent en France, l’harmonie peut être plus longue à venir. Cela dépendra aussi de l’Etat. Il ne doit pas oublier que, si la laïcité exige que les pouvoirs publics ne reconnaissent aucun culte, elle leur impose dans le même temps de n’en méconnaître aucun.

Dans quelle mesure le judaïsme, organisé depuis deux cents ans en France, peut-il partager son expérience de la laïcité avec l’islam ?

Les premières traces de vie juive sur le territoire qui deviendra la France remontent à l’Antiquité. Depuis que leur citoyenneté a été reconnue en 1791, l’histoire des juifs et de la France, c’est l’histoire d’un amour, parfois blessé, outragé, parfois même humilié, mais d’un amour quand même, entre deux formes d’universalisme. Nous récitons chaque samedi dans nos synagogues la prière pour la République française. Le judaïsme et l’islam sont des religions dans lesquelles l’observance des rites a des incidences sur la vie quotidienne (alimentation, port de signes religieux, abattage rituel, non-mixité…).

N’induisent-ils pas une « dose » incompressible de communautarisme (écoles confessionnelles, commerces…) ?

Permettez-moi d’abord de souligner que l’observance des rites a la même importance dans les religions chrétiennes, mais vous ne vous en apercevez pas. Notre calendrier prétendument laïque est ainsi calé sur les fêtes chrétiennes : un enfant, en France, n’aura jamais à manquer l’école pour pouvoir fêter Noël. Les juifs et les musulmans doivent pouvoir assumer et vivre leurs différences dans le respect de la loi républicaine. Ils sont les premiers concernés, mais ils ne sont pas les seuls. Qu’ils pratiquent ou non une religion, tous les Français sont concernés par la diversité religieuse dans notre pays.

Je vais prendre un exemple : l’abattage rituel des animaux pour que la viande soit cachère pour les uns, halal pour les autres. J’ai été très choqué par une récente campagne contre l’abattage rituel. Le judaïsme a pour principe de réduire au maximum la douleur animale et aucune méthode d’abattage au monde ne garantit une mort non douloureuse.

Mais le véritable enjeu est ailleurs, plus pervers et plus grave : c’est, hélas, la place des juifs et des musulmans dans la société française.

Que répondez-vous à ceux qui établissent un parallèle entre la situation des musulmans aujourd’hui en Europe et celle des juifs dans les années 1930 ?

Je sais qu’il est souvent difficile d’être musulman en France. Cette difficulté s’alourdit aujourd’hui dans un climat malsain, aggravé par un discours en vogue qui divise au lieu de rassembler. Quand une société en est à chercher des boucs émissaires, c’est qu’elle est très malade.

Je veux donc saisir l’occasion de dire à mes compatriotes musulmans que, précisément, ils sont d’abord mes compatriotes, et que ce qui nous rassemble en France, c’est la République qui nous est commune.

Mais pour répondre à votre question, la folie antisémite qui a déferlé sur l’Europe dans les années 1930 a conduit à la destruction des trois quarts des juifs d’Europe. Un enjeu crucial pour nous aujourd’hui est de mettre à distance cet air du temps qui génère de la confusion et entretient la concurrence des victimes en faisant se télescoper des événements de nature fondamentalement différente.

Propos recueillis par Stéphanie Le Bar

20 Mars 2011

LeMonde

[lemonde.fr]

Leave a Comment