Isabella Nespoli al covegno Jec- La gouvernance d’un Monde Interculturel et Multi-Religieux


La gouvernance d’un Monde Interculturel et Multi-Religieux : Quelles sont les Stratégies à mettre en Place ?
…La dimension religieuse est une caractéristique indéniable et incoercible de l’être et de l’agir de l’homme, la mesure de la réalisation de son destin et de la construction de la communauté à laquelle il appartient. Par conséquent, quand l’individu lui-même ou ceux qui l’entourent négligent ou nient cet aspect fondamental, se créent des déséquilibres et des conflits à tous les niveaux, aussi bien au plan personnel qu’au plan interpersonnel…
…Il me semble que la société, ses responsables et l’opinion publique se rendent compte aujourd’hui davantage, même si ce n’est pas toujours de façon exacte, de cette grave blessure portée contre la dignité et la liberté de l’homo religieux, sur laquelle j’ai tenu, à de nombreuses reprises, à attirer l’attention de tous…
Extraits du Discours du Pape Benoît XVI aux membres du Corps Diplomatiques accrédité près du Saint-Siège, janvier 2011.
Quinze minutes pour « essayer » de répondre à la question posée par l’équipe internationale de la Jeci, mais qui est également posée par les événements de ces derniers mois, pas facile, pas évident.
Mon exposé ne sera pas juridique ou sociologique, car je ne suis ni l’un ni l’autre, mais plutôt une narration, un récit de vie.
Si dans un passé récent, la coexistence des religions et des communautés religieuses était un défi quotidien en Occident qui pouvait être résumé aisément par une expression style « le vivre-ensemble», il est vrai qu’aujourd’hui cette question est devenu beaucoup plus dramatique ou, au moins, plus chargée des tensions, et quinze minutes ne permettent pas une analyse ni peut-être même pas un aperçu clair des stratégies à mettre en place, et ainsi donner des réponses satisfaisantes pour tout le monde.
Essayons donc de voir ce qu’on peut envisager de dire.
Il faut d’abord comprendre ce que nous voulons énoncer par le mot « gouvernance » ou au moins ce qu’il est convenu – depuis l’année 2001, année au cours de laquelle la Commission européenne a fait écrire comme sa définition de gouvernance dans le « Livre Blanc » de la gouvernance européenne – de comprendre par « gouvernance ».
Le mot indique un ensemble des règles, des processus et des comportements qui gouvernent l’exercice des pouvoirs, en particulier du point de vue de l’ouverture, de la participation, de la responsabilité, de l’efficacité et de la cohérence. La notion de « gouvernance » a évolué et elle a pris en compte le fait que les autorités institutionnelles n’ont plus le monopole de la responsabilité, que d’autres acteurs sociaux peuvent et doivent être associés aux processus décisionnels, ou au moins réclamer d’y être associé. Mais je dirais que, surtout, ce qui a évolué dans le concept de « gouvernance » c’est qu’aujourd’hui, en cas de crise, aucun acteur ne peut plus prétendre résoudre seul les problèmes posés par la mondialisation et la globalisation.
Il me semble évident alors que les religions peuvent et doivent se positionner également en tant qu’acteurs actifs de la gouvernance, pouvant ainsi poser de manière légitime la question de leur participation à part-entière en qualité de partenaires dans ce processus. Mais, et ceci est beaucoup plus compliqué évidement, de quelle manière y participer?
Les religions ne gouvernent pas, pas dans le sens institutionnel du terme, mais elles rappellent le besoin d’atteindre ensemble le bien commun. Elles proposent bien évidement une vision différente de la « gouvernance » qui est spécifique aux religions, ou qui, en tous cas, devrait leur être spécifique: ouverture à l’autre, participation à la vie communautaire, responsabilité commune dans un équilibre à atteindre entre la participation de tous et la responsabilité de chacun.
Cependant, le sujet aborde la « gouvernance » dans un cadre multiculturel et souvent les difficultés sont liées aux mots qui ont un sens différent en fonction de leur cadre d’interprétation. Je dirais que déjà une des premières tâches du dialogue interreligieux est celle de parler, de chercher ensemble une voie, une compréhension, sans jamais vouloir en faire un instrument de perte de son identité. Mais si les deux principes de la gouvernance sont la participation et la responsabilité, alors nous pouvons voir en quoi les religions peuvent contribuer dans la construction d’une « bonne gouvernance ».
Les religions devraient contribuer à éduquer et à rappeler ce qu’une société est tenu de procurer à ses citoyens: justice, solidarité, liberté, paix. Sans tout cela, il n’est pas de bien commun qui soit réalisable. Les évènements qui sont en train de secouer les pays de la Méditerranée, comme ceux qui, il y a vingt-ans, ont secoué les pays du bloc soviétique, montrent que la liberté doit être respectée et non accordée comme une faveur par un quelconque pouvoir.
Nous avons parlé de participation. Selon ce principe, tout le monde a le droit et le devoir de participer au bien commun. Chaque personne comme chaque état doit être en condition de pouvoir développer ses compétences sans en être exclu ni en raison de la couleur de sa peau, de sa religion ou de son orientation sexuelle. Cette tension commune vers des intérêts mutuels permet le développement et le progrès social de tous. Cela nous écarte d’une certaine manière de la logique libérale ou néolibérale dominante, selon comment on préfère l’appeler, selon laquelle in fine chaque personne a sa vision propre de la vie et peut décider d’être acteur sans trop se préoccuper d’engager les autres dans son processus de décision et d’action.
Participation, mais aussi responsabilité, il y également cette autre donnée pour une bonne gouvernance, pour laquelle, nous pensons qu’une action commune doit être accordée même au plus petit capable de trouver un solution au problème avec ses forces propres, avec la conviction que chaque personne peut aller le plus loin possibles par lui-même, avant que la communauté vienne en aide ou en soutien. Cela demande de la part de la société de ne pas écarter comme socialement « improductif » tout ce qui ne fonctionne pas selon des critères de productivité, mais cela demande aussi à la société aux niveaux supérieurs d’analyser ensemble avec les parties plus fragiles de la société et de prendre ses responsabilités après avoir dialogué avec tous les acteurs en question.
Le « bien commun » devient donc la base d’un dialogue avancé entre « religions et institutions ».
Mais comment faire passer le multiculturel ou le multi-religieux dans la dimension de la gouvernance ? D’abord, certainement en partant d’une perspective occidentale, il suffit de prononcer des mots tels « interculturel et multi-religieux » pour que l’on pense immédiatement à « Islam ». A ce sujet, il suffit de suivre le débat suscité par les représentants politiques comme Angela Merkel, Nicholas Sarkozy, David Cameron, Marine Le Pen sur la question de la fin ou non du modèle « multiculturel » en Europe en tant que modèle d’intégration sociale. La conséquence de ces dernières semaines est plus au moins la même partout: un débat très animé s’est produit sur la religion musulmane et sur sa faculté à s’adapter à la culture occidentale.
Les évènements du 9/11 à New York, les attentats de Londres et Madrid, les guerres en Irak et Afghanistan, et les tensions qui ont suivi ont sûrement vu changer les données du « vivre ensemble » des religions surtout en Europe occidentale, dont je parlais au début.
Cependant, même après les évènements passés et face au vent nouveau qui traverse le monde musulman au Proche Orient, le débat sur le « multiculturalisme » demeure rempli de paradoxes et de stéréotypes. Selon moi, la première démarche pour un dialogue interculturel devrait être, non seulement de comprendre l’autre, mais de « tailler en pièce » les stéréotypes.
Tout d’abord, il faut aussi que nous, occidentaux, soyons conscients que l’Occident politique, n’est pas homogène en matière de régime religieux. La réalité européenne est très différenciée entre elle, et l’Europe n’est pas les Etats-Unis. On est donc loin de pouvoir affirmer qu’il existe un modèle unique, et, encore moins, qu’il y ait un modèle parfait, l’un plus « démocratique » que l’autre, une société dans laquelle les relations Église – État sont les meilleures.
Les crises des modèles d’intégration « multiculturel » et de l’ « assimilation » ont montré que sur le plan de l’intégration, les sociétés occidentales ont en partie échoué.
Mais en Europe, par peur des extrémismes religieux nous sommes en train de réduire la religion plus encore à la simple sphère privée. Dans les tentatives de légiférer face aux demandes des communautés musulmanes, on essaye en réalité de réduire la dimension religieuse comme simple et unique dimension personnelle et privée. D’un côté nous avons des actes qui semblent frapper plus les communautés musulmanes en Europe, comme l’interdiction des minarets en Suisse, l’interdiction du voile à l’école en France, la discussion sur l’interdiction de la burqa en Belgique, la difficulté de pratiquer certains rites musulmans. Mais en même temps, il y a de plus en plus de débats qui remettent en cause l’ensemble des communautés: ainsi, pour les communautés juives la question de l’abattage rituel, de la permission de la circoncision, du port de la kipa comme signe distinctif religieux, et pour ce qui concerne les chrétiens, les débats et décisions sur le port des signes d’appartenance de la foi chrétienne.
A juste titre et vu ce qui se passe dans d’autres coins du monde, les Européens peuvent avoir d’eux même une représentation assez élevée de la liberté religieuse chez eux, car, personne ne vit d’interdiction de pratiquer sa foi, personne n’est discriminée socialement pour son appartenance religieuse, et personne n’est persécuté au nom d’un Dieu. Cependant, pour pouvoir se prononcer sur les pratiques des autres il faut avoir le courage de se regarder soi-même, et comprendre quand nous demandons la liberté pour les minorités religieuses comment nous la demandons.
Le 9 février passé, Richard Prasquier, le président du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, lors de son discours au dîner du CRIF, a rappelé une phrase d’Albert Camus: la démocratie est la loi de la majorité avec la protection des minorités. Romano Prodi au cours de sa présidence de la Commission Européenne, qu’il avait tenu à commencer par la visite du camp d’Auschwitz, aimait rappeler que l’Europe est un ensemble de minorités qui se respectent entre elles.
Nous ne voulons pas que le dialogue soit juste une écoute, un bavardage, ni que le multiculturalisme soit une simple et vide juxtaposition de communautés différentes, un collage de minorités, nous voulons que soit le début de la construction d’une société qui respecte toutes ses communautés religieuses.
Il semble donc difficile de tirer des conclusions définitives car la situation des religions en Europe est variée et complexe. Nous sommes d’accord que la liberté de religions et de cultes, des pratiques et des possibilités de se convertir sont assurées et garanties par les constitutions et les lois fondamentales des pays, mais il n’y a pas forcément un statut particulier pour les religions et tout ceci dans une myriade des systèmes législatifs différents. Sûrement, le plus difficile à exporter me semble être le régime de séparation entre l’État et l’Église tel qu’il existe en France, ou en tout cas il ne semble pas aussi facile que le débat tend parfois à le laisser supposer. On peut discuter à perte de vue à propos du modèle d’assimilation à la française, mais il me semble, par contre, que le modèle législatif ne constitue pas un modèle que l’on pourrait transposer facilement tel qu’il est dans n’importe quel autre état ou société européenne et non européenne.
Chaque modèle puise ses racines dans une histoire propre, et difficile à imposer aux autres. Je pense que, bien souvent, dans les discussions sur le système d’intégration culturel chacun de nous pousse parfois très haut d’une côté la barre de l’idéalisme et de l’autre aussi de la non connaissance de l’histoire des autres et de ses propres racines culturelles. Bien évidemment, pour faire face à une croissance exponentielle des discours populistes et d’extrême-droite qui banalisent de plus en plus la xénophobie et le racisme, qui dénaturent la cohabitation en simple tolérance de l’autre, nos amis démocrates français doivent avoir le droit et le devoir de rappeler à ces franges extrémistes que le modèle d’intégration français, commencé avec la fameuse loi de 1905. « Fameuse » parce qu’elle le commencement de tout débat sur la laïcité en France. Une loi née de conflits, accords et modifications, contenant des principes non négociables pour la cohabitation, capable de maintenir à l’écart à la fois les idéologues et les extrémistes.
Je comprends parfaitement que cette loi reste pour la majorité LA sentinelle contre les dérapages, à la fois un symbole de cohésion et d’impartialité dans une société de plus en plus multiculturelle et à la recherche de remparts éthiques et spirituels. Cependant le modèle de laïcité à la française, est et reste, à mon avis, le résultat de conflits, de compromis et de choix propres aux Français et qui s’enracine dans l’histoire française.
Pas toujours facile à transposer et pas toujours non plus dans l’esprit originaire français, si on voit les expériences dans les pays d’Afrique du Nord, en Turquie et en Syrie. Les évènements de ces dernières années, et des ces derniers mois, ont montré que dans ces pays même pas la religion musulmane a été à l’abri des ingérences des gouvernements, pour ne pas parler des persécutions vis-à-vis les communautés chrétiennes.
Et l’Occident n’est pas seulement l’Europe, il y a les Etats-Unis, qui nous surprennent toujours nous européens pour l’espace que la religion a et continue d’avoir dans la politique et dans la société civile. Aux Etats-Unis, il est fondamental d’offrir à chaque communauté religieuse un espace où les fidèles puissent pratiquer sans interférence non seulement d’un état plus au moins confessionnel, mais aussi sans interférence d’une autorité religieuse dogmatique qui voudrait interdire leur pratique. Toujours et aussi difficile à comprendre pour les européens, la société multiculturelle américaine s’est donné un système législatif séculier – où par ailleurs les hommes politiques peuvent déclarer publiquement leur appartenance religieuse sans scandaliser personne – pour empêcher que l’état puisse s’immiscer dans les affaires des religions.
On pourrait discuter des heures durant de l’usage politique des religions aux Etats-Unis, mais pour ne pas se perdre, je dirais, à partir de mon expérience, que chaque pays occidental a pensé avoir trouvé un système législatif qui lui convenait, et qui a plus au moins résisté jusqu’à présent. De toute manière en Occident on peut affirmer qu’en règle générale, on respecte la liberté de conscience, de religion et de culte, mais elles sont respectées parce qu’il y a également des systèmes de défense juridique nationaux et internationaux, auxquels, dans la formulations de ces lois, de nombreux croyants ont apporté leur contribution.
Je pense qu’on doit s’approcher à la dernière phase du titre: quelles stratégies pour vivre ensemble et ensemble dans une dignité égale pour tous les citoyens.
Ruth Turner, de religion catholique, jeune chef de direction de la Tony Blair Faith Foundation, a déclaré dans une interview au Telegraph du 17 février dernier, que, selon elle, le dialogue interreligieux est l’antidote à l’extrémisme, et elle a ajouté ne pas comprendre pourquoi les politiciens mettent la religion dans la « boîte à problèmes » – pour ne pas s’y confronter – alors que dans le monde les religions prennent de plus en plus de place dans les relations humaines.
Le respect des minorités, également des minorités religieuses, est en train de devenir un des plus grands défis des sociétés contemporaines, mais cette gestion des minorités a comme élément fondamental démocratique la conception que nous avons de cette diversité culturelle grandissante.
Pour en revenir à la définition de « gouvernance » ; Comment voulons-nous que cette diversité religieuse ne soit ni simple « tolérance », ni conflit mais se transforme en richesse socio-culturelle ? Comment répondre à la diversité ? Comment gérer ensemble la diversité pour ensuite se poser la question de comment s’imaginer l’avenir pour nos enfants ?
Bien sûr, nous allons répéter que nous devons apprendre à vivre ensemble et le faire dans le respect de certaines conditions chez nous, pour pouvoir ensuite se battre aussi chez les autres pour le respect des droits de l’homme, la démocratie, pour la dignité égale entre homme et femme.
Ensuite, vient l’engagement de faire tomber les stéréotypes comme démarche interculturelle qui devrait faire tomber les barrières de l’ignorance et de mépris qui empêchent le dialogue et qui voile le visage de l’autre.
Mais, mais il faut aller encore plus loin: combattre l’idée d’être simplement tolérés dans une société, pour s’engager vers un dialogue religieux, ou dialogue interreligieux, qui soit véritablement du pluralisme interactif.
La mondialisation nous confronte à un pluralisme religieux inconnu des générations précédentes, que nous ne devons pas sous-estimer, sans perdre nos points de repères. En tant que citoyenne européenne, je pense que l’Europe est, en ce moment, comme un chantier à ciel ouvert: on a l’impression d’entendre beaucoup de bruit et on ne voit pas encore clairement la construction de la société à venir. Certainement, nos dirigeants européens se montrent craintifs souvent à positiver la richesse religieuse et à la défendre par peur d’être accusés d’obscurantisme. Mais en réalité, pour nous, il existe la possibilité de s’engager dans un espace où tout est à construire, et revendiquer en tant qu’acteur du dialogue interreligieux notre espace de participation et de responsabilité.
Bien que de nombreuses sociétés européennes soient devenues de plus en plus laïques au cours des trois derniers siècles, de facto, la religion demeure encore un aspect important de la vie sociale et politique. Les flux élevés de migration ont augmenté la diversité ethnique et religieuse, ils ont également conduit les minorités religieuses à prendre conscience de leurs droits et à s’organiser dans la vie publique, tout ceci en rendant le paysage culturel et religieux inhabituel pour les autochtones. S’ils ont, d’un côté, revendiqué la sécularisation de l’Europe comme un progrès, ils ont, de l’autre, commencé à stigmatiser les religions des autres comme étant celles de l’ennemi.
Dans de nombreux pays européens, ce phénomène a, en plus de l’intolérance vis-à-vis des traditions religieuses, augmenté les risques de conflits sociaux. Par conséquent, le dialogue interreligieux est d’abord un devoir pour les croyants, ensuite il doit devenir, non un problème politique incontournable, mais un facteur de résolution de conflits.
Il ne faut pas seulement étudier les religions et le dialogue interreligieux, il faut commencer par le bas, analyser ce qui se passe dans les communautés locales et voir comment intégrer les différences. Nous pouvons apprendre à la classe politique qu’aujourd’hui une ville est pour nous, le lieu par excellence pour comprendre comment mettre en œuvre et améliorer les politiques de dialogue interreligieux. Nous avons le devoir de faire comprendre à une majorité croissante d’européens que ce pluralisme religieux inédit qui définit notre identité, n’est pas une menace, mais un défi à relever. Nous devons abandonner le ton condescendant d’une tolérance au contenu éthique le plus bas, et se lancer dans un dialogue qui veut arriver à accepter ses diversités dans les écoles, sur les lieux de travail, etc.
Dans le dialogue interreligieux je pense que certaines défis et stratégies sont les mêmes que dans tout autre dialogue interculturel. Tout d’abord, il faut le respect, comprendre qu’il ne faut pas éliminer tous les modes de vie des autres, et anéantir leurs identités. Du point de vue religieux, il ne s’agit pas de créer une nouvelle religion, sorte de syncrétisme, résultant de toutes les religions, pour obtenir l’harmonie entre les religions ou « la » religion parfaite. Il faut faire vivre chaque religion. Le dialogue interreligieux est aussi un instrument pour se connaître soi-même. Il représente une occasion unique pour se connaître, s’accepter tels que nous sommes. Il encourage à réfléchir sur nos propres origines avant de juger les autres et leur foi.
La compréhension des religions d’autrui peut aider aussi à l’élimination des préjugés et au combat contre le racisme, pour cela le dialogue interreligieux n’est pas un supplétif de rencontres entre acteurs socio-politiques, c’est autre choses bien sûr, qui ne peut pas remplacer les lois, mais qui a sa place dans le dialogue social.
Le racisme ne va pas disparaître facilement non plus, simplement parce que les croyants se parlent ou travaillent ensemble. Cependant, un dialogue interreligieux plus large et plus profond, inquiétera davantage, je le pense vraiment, les racistes et les intolérants de tout bord, car il réduit le terrain de l’ignorance, qui est leur champ de campagne électorale.
Il ne faut pas craindre d’affirmer que le dialogue interreligieux peut :
– encourager la prise de conscience de la nécessité de lutter contre le racisme ;
– fournir des éléments pour comprendre les mécanismes qui engendrent l’intolérance ;
– encourager chacun à réfléchir sur sa propre culture et sur l’interaction des différentes cultures entre elles.
Le dialogue interreligieux est aussi l’instrument pour se connaître soi-même, il représente une occasion unique pour s’accepter tel que nous sommes. Il encourage à réfléchir aux origines et au contexte dans lesquels nos cultes se sont développés.
Pour moi, la but du dialogue interreligieux dans une société multiculturelle est d’arriver à faire cohabiter dans une même société ceux qui dans un passé lointain étaient ennemis, et faire découvrir dans le regard de l’autre son frère.

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